Usufruit pourcentage : le barème fiscal complet et comment calculer sa valeur

Le pourcentage attribué à l’usufruit n’est pas fixé arbitrairement : il résulte d’un barème légal défini à l’article 669 du Code Général des Impôts. Ce barème répartit la valeur d’un bien entre l’usufruitier (qui en a la jouissance) et le nu-propriétaire (qui en détient la propriété sans pouvoir l’utiliser). Plus l’usufruitier est jeune, plus sa part est élevée : logique, puisqu’il est supposé bénéficier du bien pendant plus longtemps.

Ce barème s’applique à chaque fois qu’un bien est démembré : donation, succession ou mutation à titre onéreux.

Le barème de l’usufruit selon l’âge

Façade d’un immeuble moderne en deux parties, avec une moitié dorée illustrant la pleine propriété et l’autre aux tons froids pour l’usufruit, le tout superposé de feuilles comptables translucides.

La valeur de l’usufruit viager — celui qui dure jusqu’au décès de l’usufruitier — est déterminée par tranche d’âge décennale. Voici le tableau issu de l’article 669 du CGI :

Âge de l’usufruitier Valeur de l’usufruit Valeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans 90 % 10 %
De 21 à 30 ans 80 % 20 %
De 31 à 40 ans 70 % 30 %
De 41 à 50 ans 60 % 40 %
De 51 à 60 ans 50 % 50 %
De 61 à 70 ans 40 % 60 %
De 71 à 80 ans 30 % 70 %
De 81 à 90 ans 20 % 80 %
Plus de 91 ans 10 % 90 %

Source : article 669 du CGI / Legifrance

La logique est inversée pour l’usufruitier et le nu-propriétaire : à 55 ans, ils se partagent la valeur à parts égales (50 %/50 %). Passé 71 ans, la nue-propriété représente déjà 70 % de la valeur totale du bien.

Ce barème décennal est souvent critiqué pour ses paliers rigides : un usufruitier de 40 ans et un de 50 ans n’ont pas la même espérance de vie, mais se voient appliquer le même taux de 60 %.

Comment calculer la valeur de l’usufruit ?

Barème usufruit / nue-propriété (art. 669 CGI)

< 21 ans
90 %
10 %
21–30 ans
80 %
20 %
31–40 ans
70 %
30 %
41–50 ans
60 %
40 %
51–60 ans
50 %
50 %
61–70 ans
40 %
60 %
71–80 ans
30 %
70 %
81–90 ans
20 %
80 %
> 91 ans
10 %
90 %
▪ Usufruit (jouissance)▪ Nue-propriété

Source : article 669 CGI / Legifrance

Formule et exemples concrets

La formule est directe : valeur de l’usufruit = pourcentage applicable (selon l’âge) × valeur totale du bien.

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Exemple 1 : Marie a 36 ans. Ses parents lui cèdent l’usufruit d’un appartement estimé à 250 000 €. Sa tranche d’âge (31 à 40 ans) correspond à 70 %. La valeur de son usufruit est donc de 175 000 €, et la nue-propriété vaut 75 000 €.

Exemple 2 : Jacques a 68 ans et conserve l’usufruit de sa résidence principale (valeur : 400 000 €) pour en préparer la transmission. À 61-70 ans, le taux applicable est de 40 %. Son usufruit vaut 160 000 €, la nue-propriété 240 000 €.

Pour estimer la valeur du bien, le service « Demande de valeurs foncières » sur data.gouv.fr constitue une référence accessible.

L’usufruit temporaire : un barème distinct

Quand l’usufruit n’est pas viager mais limité dans le temps, le calcul change. L’article 669 du CGI fixe la valeur d’un usufruit temporaire à 23 % de la pleine propriété par tranche de 10 ans, sans possibilité de fractionner :

  • 0 à 10 ans : 23 %
  • 11 à 20 ans : 46 %
  • 21 à 30 ans : 69 %

Un usufruit temporaire de 15 ans sur un bien de 200 000 € vaut donc 46 % × 200 000 € = 92 000 €. Ce mécanisme permet, par exemple, de céder temporairement l’usufruit d’un logement locatif à un enfant pour qu’il perçoive les loyers pendant ses études, avant que la pleine propriété ne revienne au donateur.

À noter : lorsque l’usufruit est accordé à une personne morale, sa durée est limitée à 30 ans maximum par l’article 619 du Code civil.

Usufruit et fiscalité : donation, succession, IFI

Le barème de l’article 669 du CGI n’est pas seulement un outil comptable : il détermine la base imposable lors d’une donation ou d’une succession.

Lors d’une donation avec réserve d’usufruit, les droits de donation ne portent que sur la valeur de la nue-propriété transmise, pas sur la pleine propriété. Un parent de 55 ans qui donne la nue-propriété d’un bien de 600 000 € à ses trois enfants ne transmet fiscalement que 300 000 € (50 %), soit 100 000 € par enfant — exactement dans le plafond de l’abattement légal de 100 000 € par enfant tous les 15 ans. Résultat : zéro droit de donation.

La donation n’est pas le seul outil de transmission entre proches : un prêt familial bien encadré peut aussi transférer des liquidités à un enfant tout en restant dans un cadre légal sécurisé.

Trois autres points fiscaux importants :

  • À l’extinction de l’usufruit (décès de l’usufruitier ou fin de la période), la pleine propriété est reconstituée automatiquement sans fiscalité supplémentaire (article 1133 du CGI).
  • L’usufruitier est redevable de l’IFI sur la valeur en pleine propriété du bien démembré, pas le nu-propriétaire.
  • Les abattements en matière de donation varient selon le lien de parenté : 100 000 € pour les enfants, 80 724 € pour les époux ou partenaires de PACS, 31 865 € pour les petits-enfants.

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