Placer 2 millions d’euros à 5 % génère 100 000 euros par an, soit environ 8 333 euros par mois bruts. Mais ce chiffre varie du simple au sextuple selon le support retenu, la durée d’investissement et la fiscalité applicable. Voici une analyse factuelle pour cadrer les ordres de grandeur réels.
Ce que rapportent 2 millions d’euros placés selon le taux ?
La formule de base est simple : revenu mensuel = capital × taux annuel / 12. Pour un capital de 2 000 000 euros, voici les revenus bruts correspondants :
| Taux annuel | Revenu mensuel (brut) | Revenu annuel (brut) |
|---|---|---|
| 1 % | 1 667 € | 20 000 € |
| 3 % | 5 000 € | 60 000 € |
| 5 % | 8 333 € | 100 000 € |
| 6 % | 10 000 € | 120 000 € |
| 9 % | 15 000 € | 180 000 € |
Ces montants sont bruts, avant frais et impôts. La réalité nette peut être 15 à 40 % inférieure selon l’enveloppe choisie et la tranche marginale d’imposition.
L’effet des intérêts composés amplifie la donne sur le long terme. À 3 % nets réinvestis, 2 millions d’euros deviennent environ 2 688 000 euros après 10 ans. À 5 % nets, le capital atteint 3 258 000 euros sur la même période, soit 1,25 million d’euros de gains supplémentaires grâce au seul réinvestissement.
Quels placements correspondent à quel niveau de rendement ?

Les supports disponibles se répartissent en trois grandes familles selon le couple rendement/risque :
Placements défensifs (2 à 3,5 % bruts) : fonds en euros d’assurance vie, livrets réglementés, comptes à terme, obligations d’État. Le Livret A est plafonné à 22 950 euros et ne convient pas à un capital de cette taille. Les fonds en euros délivrent autour de 2,3 % en 2025-2026. Pour 2 millions d’euros, cela représente 3 800 euros par mois bruts, avec une garantie en capital.
Placements intermédiaires (4 à 6 % bruts) : SCPI (immobilier papier), obligations d’entreprises, ETF diversifiés en assurance vie. Les SCPI affichent un taux de distribution moyen autour de 4,5 à 5,5 % en 2025. Avec 2 millions d’euros investis en SCPI, la rente locative mensuelle brute se situe entre 7 500 et 9 200 euros. Pour estimer précisément ce revenu selon le type de bien retenu, il existe des méthodes de calcul du rendement SCPI adaptées à chaque stratégie patrimoniale. Ces revenus sont soumis au barème progressif de l’impôt sur le revenu, plus 17,2 % de prélèvements sociaux, ce qui pèse lourd pour les TMI élevées.
Placements dynamiques (6 à 12 % cibles bruts) : ETF actions monde, private equity, hedge funds, unités de compte en assurance vie. Un ETF World a délivré en moyenne 7 à 8 % par an sur les 15 dernières années. Le private equity cible 10 à 12 % de TRI sur 8 à 12 ans, mais avec une liquidité très faible. Ces niveaux de performance comportent une volatilité importante et ne sont jamais garantis.
- Profil défensif : 3 à 4 % nets visés, entre 5 000 et 6 700 euros par mois nets
- Profil équilibré : 5 à 6 % nets visés, entre 8 300 et 10 000 euros par mois nets
- Profil dynamique : 7 % et plus, au-delà de 11 600 euros par mois (avec volatilité)
Quelle enveloppe fiscale pour maximiser le rendement net ?
Le choix du contenant fiscal est aussi déterminant que le choix du placement lui-même.
L’assurance vie est l’enveloppe de référence pour ce niveau de capital. Au-delà de 8 ans de détention, les rachats bénéficient d’un abattement annuel de 4 600 euros (9 200 euros pour un couple) et d’un taux réduit à 7,5 % sur les gains, plus 17,2 % de prélèvements sociaux. Pour les contrats luxembourgeois, le triangle de sécurité offre une protection renforcée du capital.
Le PEA permet d’investir jusqu’à 150 000 euros en actions et ETF européens. Avant de sélectionner un ETF pour cette enveloppe, il est utile de comprendre la différence entre ETF capitalisant et ETF distribuant pour choisir la bonne stratégie de réinvestissement. Après 5 ans, les plus-values et dividendes sont exonérés d’impôt sur le revenu (seuls les 17,2 % de prélèvements sociaux restent dus). Pour 2 millions d’euros, le PEA ne couvrira qu’une fraction du capital, mais constitue une brique fiscalement efficace pour la poche actions.
Le compte-titres ordinaire (CTO) s’applique pour les montants au-delà des enveloppes. Les gains y sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %, ou au barème progressif sur option, souvent défavorable au-delà de 26 % de TMI.
Combien reste-t-il réellement après impôts ?
Prenons une hypothèse concrète : 2 millions d’euros investis à 5 % bruts génèrent 100 000 euros de revenus annuels. Selon l’enveloppe et le profil fiscal :
- SCPI hors enveloppe, TMI 41 % : prélèvements sociaux (17,2 %) + IR (41 %) = environ 58 % de prélèvement total → revenu net d’environ 42 000 euros par an (3 500 euros par mois)
- Assurance vie fonds euros, après 8 ans, TMI 30 % : taux effectif réduit à environ 24,7 % → revenu net d’environ 75 000 euros par an (6 250 euros par mois)
- PEA actions/ETF, après 5 ans : seuls 17,2 % de prélèvements sociaux → revenu net d’environ 82 800 euros par an (6 900 euros par mois)
L’écart entre le pire et le meilleur scénario fiscal atteint près de 40 000 euros par an pour le même capital et le même taux brut. La structuration patrimoniale (répartition entre enveloppes, calendrier des rachats, arbitrages) est donc aussi importante que la performance brute des actifs.
Pour un capital de cette ampleur, l’accompagnement d’un conseiller en gestion de patrimoine indépendant (CGPI) est recommandé pour construire une allocation sur mesure et piloter la fiscalité dans la durée.






